Le casse-noix tourangeau

Autrefois, bien avant que la télé nous ait pris notre liberté, l'automne était la saison de la curée des noix. Le soir on était assis autour d'une table et on frappait des noix avec un maillet. Ce n'était pas une époque où la subtilité régnait en Touraine. Pas de machin à levier ou à vis pour les tourangeaux : pour casser une noix, on tapait dessus.

Qui avait besoin de regarder des policiers violents à la télé ? Par la lumière vacillante des bougies, les coques plissées des noix prenaient vie. C'était le moment pour la gent féminine de se venger.

Hé ! C'est le portrait craché du vieux Michou. Crrraque !

Celle-là ressemble à ma belle-mère, non ? Crrraque !

Pendant des siècles, le seul matériel en usage courant était la table de cuisine, avec une petite dépression pour la noix, un maillet en bois et un balai pour récupérer les morceaux de coque éparpillés sur la table, par terre, derrière les coussins et dans le décolleté généreux de nos belles tourangelles. ( Là, on me corrige. En effet la tenue traditionnelle des tourangelles n'avait pas de décolleté : maintenant on sait pourquoi. )

L'an 2000 était le début d'une nouvelle ère. Le premier casse-noix tourangeaux, avec porte-noix et ramasse-coque intégrés, entrait en production dans un petit atelier.

La fabrication du casse-noix commence avec un bloc de bois dur. L'ormeau classique, le noyer noble et le merisier de couleur riche sont des essences de choix.


D'un bloc de bois à un objet décoratif et utile en quelques minutes

La première étape est le dégrossissage pour arrondir le bloc et donner les premières indications sur la forme du bol. En quelques secondes le bloc s'est transformé en cylindre, et malgré une forte aspiration, le tourneur se trouve couvert de copeaux.


Le dégrossissage demande de la force.


La taille demande de la finesse

Puis on commence à tailler l'extérieur du bol pour lui donner la forme finale. C'est à cette étape que tout peut changer.

Le bois est une matière naturelle, et on n'échappe pas a des imperfections. Il faut soit les éliminer, soit les incorporer dans la forme. On ne connaît jamais la forme final avant que le bol soit complètement taillé.


Faire bien attention à l'épaisseur du bol

La forme extérieure bien établie, il faut vider le bol grossièrement, en laissant la colonne centrale.

Ensuite, on taille la face intérieure du bol a quelques millimètres de la face extérieure : pas plus de 3 millimètres près du bord et plus de 5 millimètres vers le fond.

Quand la bol est complètement taillé, on dégage la contrepoupée pour pouvoir tailler la petite dépression dans la colonne qui va recevoir la noix.


Ah - doucement avec le papier de verre

L'étape finale est déterminante - le polissage. Les outils de tourneur ne sont pas comme le rabot. La taille se fait par raclage de la surface plutôt qu'une coupe franche. Il faut d'abord soigneusement lisser la surface avec du papier de verre de plus en plus fin.

Puis on applique de la cire liquide ou de la cire d'abeille en bloc et on commence à polir - toujours sur le tour.

En appuyant très fort avec une éponge, on peut chauffer la cire au point qu'elle brunisse créant ainsi des bandes de couleur plus foncée.

Si on trouve que les bandes foncées ont des bords trop francs, on peut les pousser pour les adoucir avec une éponge ou un chiffon.

Il faut bien polir l'extérieur et l'intérieur avec de la mousse pour la finition. La cire chaude pénètre dans le bois.


Appuyer pour brûler la cire


Faire un dégradé


Polissage final


À chaque bol son caractère

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Patrick BOUTET - Vannier

James GASSIOT - le Château de Rys

Conception, texte, photos : l'Extraterrestre
Mise en page : T-T-Web

Contacter JamesGassiot@FR37.net

La bande sonore est l'Étude Vent d'Hiver Op 25 No11 de Chopin. Robert Finley au Clavinova.